Pourquoi l’autoédition ?

Aujourd’hui, j’aimerais parler avec vous, chers lecteurs et chères lectrices, de mon choix de l’autoédition.

Car oui, il s’agit bien d’un choix délibéré et non d’un choix fait par dépit.

C’est vrai que j’ai longtemps hésité entre (tenter) l’édition classique et l’autoédition. Puis, au fur et à mesure que j’en apprenais plus sur le monde du livre et son fonctionnement, je n’ai plus hésité du tout : exit l’édition classique !
Je n’ai même pas essayé d’envoyer mon manuscrit à des maisons d’édition. Dès que le premier jet a été bouclé, j’ai contacté Mirowshka pour la couverture, les bêtas-lecteurs pour savoir s’ils étaient intéressés à relire/corriger mon roman et j’ai commencé les corrections (après avoir laissé reposer mon manuscrit pendant un mois).

Par cet article, je voudrais vous expliquer mes motivations à choisir ce mode d’édition encore très mal considéré à l’heure actuelle. Et je sais que certain-e-s autres auteur-e-s partagent au moins un peu mon point de vue.

Le sujet qui fâche : l’argent

C’est vrai que l’argent est un sujet tabou en France (et ça, c’est pas que moi qui le dis !) et encore plus lorsque la discussion tourne autour de l’Art et des Artistes. Pourtant, l’Art est devenu un business comme un autre et le livre, un produit comme un autre. Pourtant, je ne vais pas me priver d’aborder ce sujet pécuniaire avec vous tout simplement parce que c’est une réalité : les auteur-e-s ont besoin d’argent pour vivre.

Après ce petit laïus introductif, entrons dans le vif du sujet : les cacahuètes que daignent leur laisser l’industrie du livre. (Pas question ici de ne taper que sur les éditeurs, mais bien sur les têtes de tout le monde, parce que tout le monde est concerné !)
Si vous ne le savez pas encore, un-e auteur-e édité-e à compte d’éditeur touche en moyenne 10% sur le prix de son livre (pour un grand format destiné à un public adulte). Donc sur un livre à 20€, l’auteur-e n’en touche que 2. Vraiment ?
Non !
Avec ces 2€, l’auteur-e doit encore payer ses cotisations Agessa : 1,10% pour la sécurité sociale, 6,90% pour l’assurance vieillesse, 7,5% pour la CSG, 0,5% pour le CRDS et 0,35% pour le CFP (Source des chiffres : www.secu-auteurs.fr).
In fine, sur un livre à 20€, l’auteur-e ne touche réellement que 1,67€…

Passer par l’autoédition me permet d’avoir une meilleure marge sur mon livre.
Alors, attention !, j’ai dit une meilleure marge, pas que je me mettais 100% du prix du livre dans la poche.

Mais, grâce à l’autoédition, j’ai aussi un meilleur suivi de mes ventes et je ne suis pas payée une fois par an : une fois par trimestre par BoD et une fois par mois par Amazon. Ce qui est le cas dans l’édition classique : on reçoit un à-valoir [normalement] puis on est payé une fois par an.

Je n’ai pas confiance dans le système

Cette semaine s’est déroulé le salon du livre jeunesse de Montreuil et, avec lui, l’action de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse : Plume pas mon auteur/-trice !

Mais quel rapport y a-t-il entre l’autoédition et l’action de la Charte ?, me demanderez-vous.
Et bien, c’est simple ! Le rapport c’est que j’ai choisi l’autoédition parce que je n’ai plus confiance dans le système éditorial actuel. Le secteur est bouché, le monde du livre va mal et tout le monde veut une plus grosse part du gâteau.

Le plus gros problème dans le monde du livre à l’heure actuelle, c’est que les auteur-e-s sont rarement pris au sérieux : on les prend souvent de haut ; on les infantilise sous prétexte que parce que ce sont des artistes, ils n’ont pas conscience des réalités de ce monde ; on les bafoue parce que ce ne sont pas des professionnels du livre.
Quand je dis « on » je ne parle pas que des éditeurs, je parle de tout le monde : de l’éditeur au libraire. (J’ai moi-même reçu des vagues de mépris de la part d’une ancienne libraire qui ne me considérait pas apte à gérer l’édition, la publication et la promotion d’un livre, et ce, juste parce que je lui ai dit que j’étais écrivaine… Et c’est la réaction de beaucoup de libraires !)
Et cette infantilisation, j’y ai encore eu droit récemment avec un éditeur qui me tenait le discours du « mais les auteurs ne se rendent pas compte des privilèges qu’on leur octroie en leur avançant les frais de fabrication et de promotion de leur livre ! »
Quand on sait qu’ils sont légalement tenus de couvrir ces fameux frais, ça me donne l’impression d’entendre un parent dire à son enfant : « Montre-toi reconnaissant qu’on t’offre à manger ! »
Surtout que ce n’est plus notre livre, c’est le leur à eux puisqu’en signant le contrat d’édition, on leur cède nos droits

‘fin, bref !

C’est donc pour m’éviter ces discours, cette infantilisation et ce mépris que j’ai décidé de passer par une méthode annexe : l’autoédition.

Un premier livre qui a peu de chances d’être édité

Ensuite, il a fallu que je regarde aussi la réalité en face : ce premier roman avait très peu de chances de trouver un éditeur.

On dit souvent que le premier roman d’un-e auteur-e est un roman autobiographique qui n’a que peu de chances d’être édité parce qu’il est trop nombriliste.
Pour le mien, c’est vrai.

Il y a énormément de détails autobiographiques, des conscients et des inconscients, qui font de ce livre une sorte d’exutoire à mes états d’âme. Rien que pour ça, j’ai souvent pensé que ça rendait l’histoire de Neph et Shéa impubliable pour un éditeur.

Ensuite, le fait que ce soit une saga (une quadrilogie). Quand il s’agit d’un premier roman, les éditeurs sont particulièrement frileux à publier des séries. Tout simplement parce qu’il s’agit d’une sérieuse prise de risque pour eux : ils ne sont pas assurés que ce primo-romancier/cette primo-romancière terminera un jour sa série, ni qu’il/elle gardera la même qualité tout au long de la saga. De plus, les ventes diminuent au fur et à mesure des tomes.
Même si je ne cautionne pas le manque de délicatesse de certains éditeurs quand ils nous envoient bouler comme des malpropres (encore une preuve du mépris dont on peut faire preuve à notre égard), je comprends parfaitement qu’une série d’un-e primo-romancier/-cière soit un pari trop risqué pour eux.

Le besoin de la confrontation

C’est vrai qu’on conseille souvent aux jeunes (jeunes dans l’écriture, pas dans la vie civile) auteur-e-s de garder au chaud le projet de leurs rêves le temps de se faire la main, de laisser reposer son projet chouchou le temps de perfectionner son écriture. Comme Nathalie Bagadey l’a fait avec Une autre vie à Citara.

C’est un concept avec lequel je suis d’accord. Toutefois, même si Neph et Shéa sont mes personnages chouchous (et je ne sais pas si j’arriverai à m’attacher autant à d’autres qu’eux), je ne voulais pas les laisser traîner dans un tiroir. Tout simplement parce que je voulais une confrontation avec vous. Je pense qu’il n’y a que ça qui peut nous faire évoluer et nous améliorer.
Je pense, effectivement, que La Fuite est perfectible, mais pour identifier mes défauts, j’avais besoin de le lâcher dans le monde pour le confronter à la vraie vie d’un roman publié.

De plus, je voulais que ce soit cette histoire-là, et pas une autre, qui marque le début des Chroniques de Tell’Andra. Cette histoire est la clé de voûte de tout l’univers que j’ai créé.

Cette confrontation et cette présentation de la clé de voûte de mon univers n’auraient sûrement pas été possible avec l’édition à compte d’éditeur à cause du temps que cela demande. Entre le début des soumissions et la publication, il peut s’écouler plusieurs années. Années durant lesquelles j’aurais largement eu le temps de me décourager et de laisser tomber…

La liberté

Un contrat d’édition à compte d’éditeur, c’est une cession des droits de votre livre, c’est-à-dire que votre livre ne vous appartient plus, en quelque sorte.
C’est l’éditeur qui décide de tout et à vous de… ne rien faire puisque, de toute manière, vous avez signé !

Là, j’avoue que je noircis beaucoup le tableau : énormément d’éditeurs collaborent réellement avec les auteur-e-s pour l’élaboration du livre.
Mais, dans tous les cas, il faut garder à l’esprit que c’est l’éditeur qui aura le dernier mot, que ce qu’il fasse nous plaise ou pas.

Je vous avoue que cette idée ne me plait pas du tout : je veux pouvoir garder le dernier mot sur l’édition de mon livre, garder mes droits pour pouvoir ce que je veux de mon travail.

Je crois que c’est cette envie de liberté et d’indépendance qui l’emporte sur tout le reste : je veux rester maîtresse de mes écrits, de mes personnages et de mon univers sans risquer de voir d’autres personnes mettre leur nez dans mes affaires et changer ce que je n’ai pas envie de changer.
Je ne dis pas que je connais mieux le métier qu’un éditeur, je ne me le permettrais pas ! Mais je ne veux pas risquer de perdre l’âme de mes écrits juste pour les rendre plus vendables, ou perdre la mienne en faisant des choses que je n’ai pas envie de faire juste pour vendre plus. (Aller contre ses principes pour faire plaisir à son patron juste pour garder sa place, c’est quelque chose que j’ai déjà fait et que je ne veux plus revivre.)

Donc voilà, un article un peu long pour vous exposer les principales raisons qui m’ont poussée à opter pour l’autoédition.
J’aimerais terminer en vous disant que je ne suis pas fermée à l’édition à compte d’éditeur. Peut-être qu’un jour, le système sera devenu meilleur ou un éditeur arrivera à me convaincre. J’ajouterai également que je ne pointe pas du doigt celles et ceux qui choisissent l’édition classique.

J’espère que ça vous a plu d’en savoir plus sur les coulisses de Neph et Shéa ! 😉
Et vous ? Quel est votre ressenti par rapport à l’autoédition, que vous soyez lecteur, auteur ou les deux ?

3 réflexions sur “Pourquoi l’autoédition ?

  1. bien dit, je ne suis pas encore publié mais je pense à l’auto-édition pour publier mes écrits en plus que j’écris en majorité des nouvelles pour l’instant que j’aimerai publier plus tard et sur certains de mes écrits je veux garder mes droits, pour d’autres histoires que j’ai en tête je me dis pourquoi pas en maison d’édition aussi pour plus de visibilité pour un jeune publique etc mais c’est vrai que comme toi je veux avoir le dernier mot, d’accord que le fonctionnement actuel de la chaine du livre n’est pas du tout gagnant pour l’auteur en plus qu’à partir de 2019, il y a hausse de la CSG pour les auteurs mais qui ne touchent pas le chômage + impôt à la source etc et donc les auteurs seront + taxés qu’ils ne gagnent en bénéfices et des auteurs édités ont dit qu’ils arrêteraient si ça continuait comme ça

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s